Nouvelles formes de travailQui a peur du télétravail ?

Le télétravail : on en parle beaucoup, mais certains dirigeants hésitent encore à le proposer à leurs salariés. Et si c’était pourtant une bonne idée ?

Métro, boulot, dodo. En France, l’entreprise reste le cadre du quotidien professionnel de 9 actifs sur 10. Si le télétravail est en augmentation, il ne concernerait que 12 % des salariés français, contre 20 à 35% dans les pays anglo-saxons ou scandinaves*.

Sur le papier, le concept est idéal. Tout le monde y gagne. Le salarié, qui gagne en qualité de vie : moins de temps dans les transports, plus de flexibilité, et un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. L’entreprise, qui modernise ses pratiques managériales et gagne en productivité. Et au final, la société tout entière : désengorgement des transports, réduction des émissions de gaz à effet de serre, etc.


Dans les faits, il est parfois difficile de franchir le cap. « Quand tout le monde s’entend bien et qu’il y a du business, ça va », confie Jean-Dominique Montandon, dirigeant fondateur d’Isotop, entreprise spécialisée dans l’aménagement d’espaces tertiaires. Il a mis en place le télétravail au sein de son organisation, mais ce n’est pas toujours simple pour lui : « J’ai parfois de véritables montées de stress. Quand je dépense une mauvaise énergie à chercher l’information, par exemple. Je fais également très attention à ne pas perdre l’âme et l’identité de mon entreprise. À ce qu’elle ne devienne pas une cohabitation de freelances. »

Ce qu’il faut, c’est une nouvelle organisation du travail. Où l’on fixe des objectifs de travail, et pas de moyens.

Pour Odile Duchenne, directrice générale de l’observatoire Actineo, cette réticence française est culturelle.
« En France, l’organisation du travail est encore très hiérarchisée. Tout repose sur le présentiel. En autorisant le télétravail, les managers intermédiaires craignent de perdre leur pouvoir », analyse-t-elle. « Ce qu’il faut, c’est une nouvelle organisation du travail. Où l’on fixe des objectifs de travail, et pas de moyens. »

Depuis dix ans, Xavier de Mazenod anime zevillage.net, un site d’information consacré aux nouvelles formes de travail : télétravail, travail à domicile, coworking, travail collaboratif, mobilité, temps partagé, groupement d’employeurs, autoentrepreneurs…
Pour lui, la France est loin d’être à la traîne en matière de télétravail. Il se réfère à une étude très poussée réalisée en 2012 par la société LBMG Worklabs, qui dénombre 17% de télétravailleurs en France, soit près de 5 millions de personnes.
« C’est une tendance forte, et qui évolue très rapidement. L’explosion du nombre de tiers-lieux le montre. Aujourd’hui, plus de la moitié des entreprises du CAC 40 ont mis en œuvre une politique de télétravail. »
L’engouement est moins évident chez les dirigeants de PME.
« Ce n’est pas qu’ils rechignent, analyse le chantre du télétravail. Ce n’est pas leur priorité, tout simplement. Les petites structures ont le nez dans le guidon. Plus l’entreprise est importante, plus c’est facile de mettre en œuvre de nouveaux systèmes de management. »

Expert en Mouvement a demandé à Xavier de Mazenod quelques conseils pour réussir son projet de télétravail.

DÉDRAMATISER
« Le télétravail, c’est juste un autre moyen d’organisation, fondé sur la confiance et l’autonomie, plutôt que sur la culture du présentiel. Les habitudes sont en train de changer. »
ÉCHANGER
« Pour mettre en œuvre une politique de télétravail, il faut échanger en amont avec les salariés : le télétravail se fait sur la base du volontariat. »
SÉLECTIONNER
« Il est important de réserver le télétravail à des gens autonomes dans leur travail. »
TESTER
« Un projet de télétravail se met en place pas à pas. Il faut commencer modestement, avec un groupe pilote : quelques salariés, un jour par semaine. Selon la loi, le télétravail a un caractère réversible et peut tout à fait être dénoncé par le manager (ou par le salarié) si l’expérience n’est pas concluante. »
CADRER
« Depuis 2012, le télétravail a un cadre légal. A minima, il faut faire signer un avenant aux collaborateurs concernés. Les structures plus grandes signeront un accord interprofessionnel en impliquant les partenaires sociaux. Le dirigeant peut enfin compléter ces dispositifs légaux par une charte du télétravail, qui précise les règles en vigueur dans l’entreprise. »

* Étude réalisée par Greenworking pour le ministère de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique en mai 2012.

Définition
Depuis 2012, il existe une définition officielle du télétravail. Selon la loi de simplification du droit du 22 mars 2012, le télétravail désigne « toute forme d’organisation du travail dans laquelle un travail qui aurait également pu être exécuté dans les locaux de l’employeur est effectué par un salarié hors de ces locaux de façon régulière et volontaire en utilisant les technologies de l’information et de la communication dans le cadre d’un contrat de travail ou d’un avenant à celui-ci ».
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